Le plus beau des merci
Un conte sur : la gratitude · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Ce matin-là, Pépin regarda la boîte des éclats très longtemps. Vingt et un éclats brillaient. Chacun avait sa couleur, sa lumière, son histoire.
Il y avait l'éclat du beurre de noisette. L'éclat de la nuit la plus noire. L'éclat du petit faon. L'éclat de la fête silencieuse…
Et tout à coup, Pépin comprit quelque chose. Presque aucun de ces éclats, il ne l'avait allumé tout seul. Il y avait toujours eu quelqu'un avec lui.
« Grand-Père, je voudrais dire merci à tout le monde. Mais un vrai merci. Un merci qui dure. »
Grand-Père Gédéon sourit, fouilla dans sa barbe, et en sortit une pile de papier, des crayons de couleur et des enveloppes.
« Alors, écris-leur une lettre. »
Pépin s'installa à la table. Il tira la langue, très concentré. Il écrivait lentement, et avec énormément de fautes. Mais il écrivait avec tout son cœur.
Pour Mirabelle, il écrivit : « Merci de m'avoir décollé du sapin avec ton beurre de noisette. Et merci de m'avoir confié ton secret. Tu es ma meilleure amie. Je t'aime jusqu'à dix, et même plus. » Il dessina une noisette avec un cœur dedans.
Pour Bouchon, il écrivit : « Merci d'avoir eu peur avec moi dans la nuit noire. Merci d'avoir dit non. Tu es le hérisson le plus courageux du monde. Et tu n'as pas besoin de t'excuser d'être piquant. » Il dessina un petit sapin avec des lunettes.
Pour Tartine, il écrivit très petit, pour ne pas faire de bruit : « Merci pour toutes les choses sages que tu dis en dormant. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais moi, oui. » Il dessina un oreiller.
Pour Pip, il écrivit : « Merci d'avoir trouvé la maman de Brindille. Et merci pour tes chansons, même celles que tu chantes trop fort. » Il dessina un oiseau rouge avec des notes de musique.
Pour Chipie, il hésita longtemps. Puis il écrivit : « Merci de m'avoir appris à regarder avant de me fâcher. Bienvenue dans la bande. » Il dessina une plume argentée, et une petite lanterne.
Ensuite, il partit faire sa tournée de facteur, sa sacoche pleine de lettres.
Mirabelle lut la sienne et se mit à pleurer, puis à rire, puis les deux à la fois. Elle compta les mots de la lettre : « Un, deux… dix… Il y a au moins dix mots gentils ! » Il y en avait beaucoup plus.
Bouchon lut la sienne trois fois. Puis il la rangea dans sa cabane, au-dessus de son lit. Et pour une fois, il ne s'excusa auprès de personne.
Tartine, qui dormait, reçut sa lettre sur le ventre. Elle la serra contre elle en ronflant, et ne la lâcha plus de tout l'hiver.
Pip chanta la sienne, sur un air de sa composition.
Et Chipie… Chipie ne dit rien. Elle lut la lettre, tout en haut du Vieux Chêne, à la lumière de sa lanterne. Puis elle la rangea au milieu de ses trésors. Au milieu de tout ce qui brillait, c'était désormais la chose la plus précieuse.
Quand Pépin rentra à la Maison-Souche, sa sacoche était vide. Il se sentait tout léger.
« Et toi, Grand-Père ? Je n'ai pas fait ta lettre. Il me manquait du papier. »
Grand-Père sourit, et sortit de sa barbe une enveloppe. Une enveloppe adressée à Pépin.
Pépin l'ouvrit. Il y avait écrit, d'une belle écriture penchée :
« Mon petit bourgeon, merci d'avoir dit la vérité le jour où l'étoile s'est cassée, alors que personne ne te voyait. C'est là que tout a commencé. Je suis très fier de toi. »
Pépin serra Grand-Père très fort. Si fort que trois objets tombèrent de sa barbe.
« Merci, Grand-Père. Pour tout. »
Dans la boîte, un éclat s'alluma. Il brillait d'une lumière très chaude, de toutes les couleurs à la fois, comme une lettre écrite aux crayons de couleur.
Et toi, à qui aimerais-tu dire merci ? Pour quoi ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !