La fête des maladroits
Un conte sur : le droit à l'erreur · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Depuis la veille, Chipie faisait partie de la bande. Mais elle n'avait pas encore l'habitude d'avoir des amis. Et quand on n'a pas l'habitude, on est un peu nerveux. Et quand on est nerveux… on devient maladroit.
Ce jour-là, en voulant aider Grand-Père à mettre la table, Chipie fit tomber une assiette. Cling !
« Pardon ! »
En voulant ramasser les morceaux, elle renversa le pot de miel. Splotch.
« Pardon, pardon ! »
En voulant essuyer le miel, elle se prit les pattes dans le torchon et atterrit dans le panier à noisettes de Mirabelle. Patatras.
« Pardon, pardon, pardon ! »
Elle ressortit du panier avec trois noisettes collées sur la tête, et les yeux pleins de larmes.
« Je suis nulle. Je rate tout. Vous allez regretter de m'avoir pardonné. »
Même Bouchon, qui s'excusait auprès des cailloux, trouva qu'elle s'excusait beaucoup.
Pépin regarda Chipie, toute collée de miel, avec ses trois noisettes sur la tête. Et une idée lui traversa la tête, comme toujours, à toute vitesse.
« Ce soir, on fait la fête des maladroits ! Chacun raconte sa plus grosse bêtise. Et celui qui a fait la plus grosse a gagné ! »
Le soir venu, tout le monde s'installa autour du feu, dans la Maison-Souche. Pépin commença.
« Moi, ma plus grosse bêtise, c'est facile. J'ai cassé l'étoile du Grand Sapin Bleu en vingt-quatre morceaux. »
Il compta sur ses doigts.
« Et puis je me suis collé à un sapin. J'ai fait un gâteau en forme de crêpe triste. J'ai accusé Bouchon pour rien. Je suis tombé la tête dans la neige au moins quinze fois. Et j'ai mis du sel dans la tisane de Grand-Père. »
Tout le monde éclata de rire. Chipie aussi, un tout petit peu.
C'était au tour de Bouchon. Il remonta ses lunettes, l'air très sérieux.
« Un jour, j'ai dit bonjour à un caillou pendant toute une matinée. Je lui ai raconté ma vie. Je lui ai demandé pardon onze fois. Et à la fin, il a éclos. C'était un œuf de caille. »
Les rires redoublèrent.
Mirabelle leva la patte.
« Moi, l'automne dernier, j'ai caché mes noisettes dans cent trous différents. Enfin, je pense que c'était cent. Et je n'en ai retrouvé que sept. Les autres sont devenues des noisetiers. »
Pip raconta qu'il avait un jour pris son propre reflet dans une flaque gelée pour un autre oiseau, et qu'il lui avait chanté une chanson d'amour pendant une heure.
Tartine, elle, ronflait dans un coin. Mais quand ce fut son tour, elle marmonna sans se réveiller :
« Rrrron… moi j'ai dormi… pendant mon propre anniversaire… trois ans de suite… rrrron… »
Enfin, ce fut le tour de Grand-Père Gédéon. Il caressa sa barbe d'un air mystérieux.
« Une fois, j'ai rangé quelque chose dans ma barbe, et je ne l'ai jamais retrouvé. Depuis quarante ans, j'entends parfois un petit bruit, là-dedans. Je crois que c'est mon réveil. »
Et à ce moment-là, comme par hasard, quelque chose sonna dans sa barbe. Driiiing !
Tout le monde riait tellement que Mirabelle tomba de sa chaise et que Bouchon s'excusa auprès du plancher.
Puis tout le monde se tourna vers Chipie.
Elle hésita. Puis elle dit, tout doucement :
« Moi… Un jour, j'ai volé un glaçon. Je croyais que c'était un diamant. Je l'ai caché dans mon nid pour le garder précieusement. Et le lendemain… il avait disparu. Il ne restait qu'une flaque. »
Il y eut un silence. Puis une explosion de rires. Et cette fois, Chipie rit plus fort que tout le monde.
« Alors, qui a gagné ? demanda Bouchon.
— Tout le monde, dit Pépin. On est tous maladroits. C'est pour ça qu'on s'entend si bien. »
Chipie se secoua. Les trois noisettes tombèrent enfin de sa tête. Elle n'avait plus envie de dire pardon.
Dans la boîte, un éclat s'alluma, et il brillait en zigzag, un peu de travers, comme un éclat qui aurait trébuché.
Et toi, quelle est ta plus grosse bêtise ? Est-ce qu'elle te fait rire, maintenant ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !