L'étoile du Grand Sapin Bleu
Un conte sur : l'amitié · 6 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
C'était le dernier soir de l'hiver. La nuit tombait doucement sur la Forêt des Sapins-Bleus. La neige fondait par endroits, et on entendait l'eau couler sous la glace.
Toute la forêt s'était réunie au pied du Grand Sapin Bleu. Les lapins avaient apporté des carottes glacées. Mirabelle avait apporté des noisettes, exactement dix, comptées trois fois. Bouchon avait apporté des tasses pour tout le monde, et s'était excusé auprès de chacune. Brindille et sa maman étaient là. Pip chantait. Et Tartine dormait, bien sûr, mais au premier rang.
Tout en haut du sapin, l'étoile brillait. Vingt-trois éclats de toutes les couleurs. Et un dernier petit trou gris, qui ne s'allumait toujours pas.
Pépin ne quittait pas l'étoile des yeux.
« Et si les oiseaux ne trouvaient pas le chemin ? chuchota-t-il. Et s'ils se perdaient dans la nuit, à cause de moi ? »
Grand-Père Gédéon lui caressa le bonnet, sans rien dire.
Un peu à l'écart, sur une branche basse, il y avait Chipie. Elle ne regardait pas la fête. Elle regardait le ciel, tout au fond, là où il faisait le plus noir. Et de temps en temps, son regard glissait vers le bonnet de Pépin. Vers le grelot.
Pépin le remarqua. Et il se souvint du nid tout en haut du Vieux Chêne. De Chipie qui serrait le grelot contre elle, comme un doudou. De ce qu'elle avait dit : « Quand il fait pling, j'ai l'impression que quelqu'un me parle. » Il se souvint aussi de sa famille, partie pour le grand voyage, sans elle.
Ce grelot, Pépin l'avait depuis toujours. Il était fêlé, il faisait pling au lieu de ding, mais c'était le sien. Son trésor.
Il réfléchit. Longtemps. Pour une fois, il n'était pas pressé du tout.
Puis il détacha le grelot de son bonnet. Il marcha jusqu'à la branche de Chipie, et le lui tendit.
« Tiens. Il est pour toi. »
Chipie ouvrit de grands yeux.
« Mais… c'est ton grelot. Ton grelot à toi.
— Je sais. Mais toi, tu en as plus besoin que moi. Comme ça, la nuit, quelqu'un te parlera. Même si maintenant, tu n'es plus toute seule. »
Chipie prit le grelot, tout doucement, du bout du bec. Elle le serra contre ses plumes. Et le grelot fit :
Pling.
Au même instant, tout là-haut, le dernier petit trou gris s'alluma.
L'étoile tout entière se mit à briller. Pas un peu. Énormément. Une lumière chaude, dorée, argentée, verte, couleur noisette, de toutes les couleurs à la fois. Elle illumina le Grand Sapin Bleu, puis la clairière, puis la forêt entière, et elle monta très haut dans le ciel, comme un phare.
Toute la forêt retint son souffle.
Et c'est alors qu'on entendit, très loin dans la nuit, un petit bruit. Un battement d'ailes. Puis dix. Puis cent. Des centaines d'ailes qui faisaient frrr, frrr, frrr, de plus en plus proches.
« Les oiseaux ! cria Mirabelle. Ils rentrent ! »
Ils arrivaient de partout. Des grives, des pinsons, des mésanges, des hirondelles fatiguées. Ils tournaient autour de l'étoile en chantant, puis se posaient un par un dans les branches du Grand Sapin Bleu, qui se mit à chanter tout entier.
Pip volait dans tous les sens pour dire bonjour à tout le monde. Il chantait si fort que Tartine ouvrit un œil.
Et soudain, Chipie se figea.
Tout en haut, quatre oiseaux noir et blanc descendaient vers le sapin. Chacun avait une plume argentée sur la tête. Exactement comme la sienne.
« Maman ? Papa ? »
Elle s'envola d'un coup. Ce fut un tourbillon de plumes, de cris de joie et de pling, pling, pling, parce qu'elle ne lâchait pas son grelot. Sa maman la serra sous son aile. Ses deux grands frères lui tournaient autour en riant.
« On t'a cherchée partout, dit sa maman. Mais sans lumière, on ne retrouvait plus la forêt. Ce soir, on a vu cette étoile depuis l'autre bout du ciel. »
Chipie se retourna vers la clairière. Vers Pépin, Mirabelle, Bouchon, Pip, Tartine et Grand-Père.
« C'est eux, dit-elle. C'est mes amis qui l'ont rallumée. »
Pépin, lui, regardait son bonnet tout vide. Il était heureux pour Chipie. Mais son grelot lui manquait un tout petit peu.
Alors Grand-Père Gédéon fouilla dans sa barbe. Il en sortit une cuillère, une pomme de pin, une chaussette, et enfin un petit paquet.
« Je l'ai fabriqué en secret, mon petit bourgeon. Un peu chaque soir, pendant tout l'hiver. Chaque fois qu'un éclat s'allumait, j'ajoutais une pièce. »
Pépin ouvrit le paquet. À l'intérieur, il y avait un grelot. Un grelot tout neuf, tout brillant, avec vingt-quatre petites étoiles gravées tout autour. Pépin le secoua.
Ding.
Pas pling. Ding ! Un vrai ding, clair et joyeux, qui résonna dans toute la clairière.
« Pour celui qui a su donner le sien », dit Grand-Père.
Cette nuit-là, personne n'alla se coucher tôt. Les oiseaux racontèrent leur grand voyage. Mirabelle compta les nouveaux arrivants jusqu'à dix, puis encore jusqu'à dix, puis abandonna en riant. Bouchon s'excusa auprès de chaque oiseau sur qui il marchait. Et la famille de Chipie s'installa au Vieux Chêne, dans un grand nid tout neuf, avec une petite lanterne au milieu.
Quand Pépin bougeait la tête, son grelot faisait ding. Et tout là-haut, au Vieux Chêne, celui de Chipie répondait pling.
Le lendemain matin, le soleil se leva sur une forêt pleine de chants. Au bout d'une branche du Grand Sapin Bleu, juste sous l'étoile, il y avait un tout petit bourgeon vert. Le premier du printemps.
Tartine se réveilla enfin, bâilla, s'étira, et demanda :
« Alors… ils sont rentrés ? »
Et toi, qu'est-ce que tu serais prêt à donner à un ami, même si c'est ton trésor ?
Ding ! fit le grelot. Le dernier éclat de l'étoile ! Bonne nuit, les petits lutins… et demain matin, ouvrez grand la fenêtre : les oiseaux sont rentrés !