★ Contes pour enfants
Conte 17 sur 24 · Pépin

Bouchon dit non

Un conte sur : oser dire non · 5 minutes

Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !

Ce matin-là, dans la Clairière des Glissades, les deux lapins avaient une idée. Et ils étaient très fiers de leur idée.

« On sait où Chipie cache les éclats, dit le premier lapin. Au Vieux Chêne !

— Alors on va lui faire une farce, dit le deuxième. On va lancer plein de boules de neige sur son nid. Elle aura tellement peur qu'elle laissera tout tomber. Et hop, on récupère les éclats ! »

Ils se tapèrent dans les pattes. Puis ils se tournèrent vers Pépin et Bouchon.

« Vous venez ? »

Pépin hésita. Il pensait à Chipie, toute seule dans le noir. Mais il pensait aussi aux éclats. Plus que sept jours avant le retour des oiseaux. Et s'il n'y avait pas assez d'éclats pour l'étoile ? Et si les oiseaux ne trouvaient pas la forêt ?

Et puis, une farce, c'est drôle. Et Pépin adorait les farces.

« Bon… d'accord, dit-il. Juste quelques boules de neige. »

Les lapins poussèrent des cris de joie. Ils se tournèrent vers Bouchon.

« Et toi, Bouchon ? Tu viens, hein ? »

Bouchon remonta ses lunettes. Il regarda ses pattes. Il regarda les lapins. Il regarda Pépin.

Bouchon était le hérisson le plus poli de toute la forêt. Il disait « pardon » aux cailloux, « merci » aux flocons, et « s'il vous plaît » à sa propre ombre. Bouchon disait « oui » à tout le monde, tout le temps, parce qu'il ne voulait fâcher personne.

Mais là, quelque chose le piquait à l'intérieur. Et ce n'était pas ses piquants.

Il prit une grande inspiration.

« Non. »

Les lapins ouvrirent de grands yeux.

« Quoi ?

— Non, répéta Bouchon, d'une petite voix qui tremblait un peu. Je ne viens pas. Ce n'est pas gentil, de faire peur à quelqu'un qui a déjà peur. Je ne veux pas. »

Il y eut un grand silence. Même Pip, sur sa branche, s'arrêta de chanter.

« Pfff, t'es nul, Bouchon, dit un lapin. T'es un trouillard. »

Bouchon devint tout rouge sous ses piquants. Il avait très envie de dire « pardon », et « bon, d'accord », et de suivre tout le monde. Mais il serra les pattes. Et il ne bougea pas.

Pépin regardait son ami. Il le trouvait petit, tout tremblant, et incroyablement courageux.

Et tout à coup, la farce ne lui sembla plus drôle du tout. Il pensa au nid tout là-haut, dans le vent. À Chipie roulée en boule, avec son grelot serré contre elle comme un doudou. Il imagina les boules de neige qui lui tombaient dessus.

Son ventre fit un nœud.

« Bouchon a raison, dit Pépin. Moi non plus, je ne viens pas. »

Les lapins se regardèrent, un peu gênés. Sans Pépin, sans Bouchon, et avec Pip qui les regardait d'un air très sévère, la farce semblait beaucoup moins amusante.

« Bon… Ben… on va faire de la luge, alors, marmonna le premier lapin.

— Ouais. De la luge. C'est bien aussi, la luge. »

Et ils s'en allèrent, en traînant les pattes.

Pépin se tourna vers Bouchon.

« Comment tu as fait pour dire non ? Toi qui dis toujours oui ?

— Je ne sais pas, avoua Bouchon. J'avais les pattes qui tremblaient. Mais à l'intérieur, j'étais sûr. »

Puis, par habitude, il s'excusa auprès d'un caillou d'avoir été si ferme.

Ce soir-là, quand Pépin raconta tout à Grand-Père, un éclat s'alluma dans la boîte. Un éclat un peu piquant, avec des petits rayons tout autour.

Pépin réfléchit longtemps, le nez contre la fenêtre. Il ne fallait pas faire peur à Chipie. Mais il fallait faire quelque chose pour elle. Il ne savait pas encore quoi.

Sur le rebord de la fenêtre, Pip tapota la vitre avec son bec : pling.

Et toi, est-ce que tu as déjà osé dire non quand tout le monde disait oui ?

Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !