Le nid de Chipie
Un conte sur : comprendre l'autre · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Ce matin-là, Pépin se leva très tôt. Il avait une mission.
« Je vais au Vieux Chêne. Je vais reprendre mon grelot et les éclats. »
Grand-Père Gédéon leva les yeux de sa tasse.
« D'accord, mon petit bourgeon. Mais avant de reprendre, n'oublie pas de regarder. »
Pépin ne comprit pas très bien ce que Grand-Père voulait dire. Il haussa les épaules et partit.
Le Vieux Chêne se dressait au bord de la forêt. C'était le seul arbre qui n'était pas un sapin. Ses branches nues et tordues ressemblaient à de grands doigts qui grattaient le ciel. Il était très, très haut.
Pépin commença à grimper. Une branche. Deux branches. Il glissa, se rattrapa par le bonnet, faillit tomber, se rattrapa par une chaussette. Il grimpa encore. Plus haut. Encore plus haut.
Enfin, il arriva tout en haut. Et il vit le nid.
C'était un grand nid de brindilles, plein de choses brillantes. Des boutons dorés, des morceaux de papier argenté, une petite cuillère (tiens, celle que Grand-Père cherchait depuis l'automne), une bille, un dé à coudre. Et au milieu, il y avait son grelot. Et trois éclats d'étoile, qui brillaient doucement.
Pépin tendit la main pour tout reprendre. Mais il s'arrêta.
Il venait de voir Chipie.
Elle dormait, roulée en boule au fond du nid. Elle avait disposé les trois éclats tout autour d'elle, comme des petites veilleuses. Et elle tenait le grelot serré contre elle, comme un doudou.
Le nid était tout en haut, dans le vent. Il n'y avait pas de toit. Pas de couverture. Pas de chocolat chaud. Pas de grand-père avec une barbe pleine de surprises. Personne.
Chipie ouvrit un œil. Puis deux. Et elle sursauta si fort que trois boutons tombèrent du nid.
« Qu'est-ce que tu fais là ? C'est mon nid ! Va-t'en ! »
Pépin sentit la colère lui chatouiller les oreilles. Il pensa aux trois cent douze bougies, et il souffla, tout doucement. Fffffouuu.
Puis il se souvint des mots de Grand-Père. Avant de reprendre, regarder.
Alors il ne reprit rien. Il s'assit sur la branche, et il demanda simplement :
« Chipie… pourquoi tu prends ce qui brille ? »
Chipie ne répondit pas tout de suite. Elle regarda ses éclats. Puis le ciel. Puis ses pattes.
« Avant l'hiver, toute ma famille est partie, dit-elle tout bas. Moi, j'étais trop petite pour le grand voyage. Alors je suis restée. Toute seule. »
Elle renifla.
« La nuit, ici, il fait tout noir. Et j'ai très peur. Alors je prends ce qui brille, pour avoir un peu de lumière. Les éclats, c'est ce qui brille le plus. Ils sont tout chauds, en plus. »
Pépin regarda le grelot, serré contre Chipie.
« Et mon grelot ? Il ne brille pas tant que ça.
— Non, avoua Chipie. Mais quand je bouge, il fait pling. Et quand il fait pling, j'ai l'impression que quelqu'un me parle. »
Pépin ne savait plus quoi dire. Il pensait à la nuit la plus noire, quand il avait eu si peur avec Bouchon. Mais lui, au moins, il avait Bouchon. Et la fenêtre allumée de la Maison-Souche pour rentrer.
Chipie, elle, n'avait personne.
« Et les fêtes ? demanda-t-il doucement. Je t'ai vue regarder notre fête silencieuse.
— Je voulais venir, chuchota Chipie. Mais je ne savais pas comment. Et puis, j'avais pris vos éclats. Je pensais que vous ne voudriez jamais de moi. »
Pépin regarda son grelot une dernière fois. Puis il redescendit du Vieux Chêne. Les mains vides.
Quand il rentra à la Maison-Souche, Grand-Père l'attendait.
« Tu as repris ton grelot ?
— Non. J'ai regardé. »
Et il raconta tout. Grand-Père l'écouta jusqu'au bout, puis il hocha la tête, sans rien dire, et lui caressa le bonnet.
Dans la boîte, un éclat s'alluma. Et tout là-haut, au sommet du Vieux Chêne, porté par le vent, on entendit un tout petit pling.
Et toi, est-ce qu'il t'est déjà arrivé de comprendre pourquoi quelqu'un avait été méchant avec toi ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !