Les noisettes de Mirabelle
Un conte sur : le partage · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Cette nuit-là, il avait neigé si fort que les sapins portaient des chapeaux blancs. Pépin dut sortir de la Maison-Souche par la fenêtre, parce que la porte était enfouie jusqu'à la poignée.
Il alla voir Mirabelle. Elle était perchée dans son arbre, entourée de ses réserves d'hiver, et elle comptait.
« Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, onze, vingt, trois, mille… »
Elle s'arrêta, l'air très inquiet.
« J'ai exactement… pas assez ! »
Mirabelle avait toujours l'impression d'avoir pas assez. C'était sans doute à cause de sa façon de compter.
C'est alors qu'ils entendirent un bruit. Grrrouuu. Un gros bruit, venu d'un tout petit ventre.
Au pied de l'arbre, dans la neige, il y avait un bouvreuil. Un petit oiseau rond au ventre rouge, tout ébouriffé, qui grelottait.
« Je m'appelle Pip, dit-il d'une toute petite voix. La neige a recouvert toutes les graines. Je n'ai rien mangé depuis hier. »
Grrrouuu, confirma son ventre.
Pépin regarda Mirabelle. Mirabelle regarda ses noisettes. Les noisettes, elles, ne regardaient personne.
« C'est que… murmura Mirabelle. Si je lui en donne, je n'en aurai plus assez pour l'hiver. J'en ai déjà pas assez. J'ai compté. »
Pépin réfléchit, et pour une fois, il ne se précipita pas.
« Et si on recomptait ensemble ? Tout doucement ? »
Alors ils comptèrent. Une noisette, deux noisettes, trois noisettes… Pépin les rangeait par petits tas de dix, et Mirabelle mettait une pomme de pin à côté de chaque tas.
Cela prit très longtemps. Pip s'endormit deux fois.
« … trois cent onze, trois cent douze ! Mirabelle, tu as trois cent douze noisettes !
— C'est beaucoup ? demanda Mirabelle.
— C'est autant que mon âge ! Donc c'est énormément. »
Mirabelle ouvrit des yeux grands comme des glands. Puis elle regarda Pip, tout petit dans la neige.
Elle choisit la plus grosse noisette, la plus brillante, celle qu'elle gardait pour le premier jour du printemps. Elle descendit de l'arbre et la posa devant le bouvreuil.
« Tiens. Et j'en ai d'autres. Plein d'autres. »
Pip la regarda comme on regarde un trésor. Mirabelle cassa la coque d'un coup de dent, et Pip mangea. Puis une deuxième. Puis sept. Enfin, Mirabelle disait sept. C'était plutôt douze.
Quand il eut le ventre bien rond, Pip se percha sur une branche, gonfla ses plumes rouges, et chanta. C'était un chant si joyeux que la neige elle-même sembla se réchauffer.
Mirabelle souriait jusqu'aux moustaches.
« C'est bizarre, dit-elle. J'ai moins de noisettes qu'avant… et pourtant je me sens plus remplie que jamais. »
Pépin sortit de sa poche un morceau du gâteau de la veille, un peu écrasé, et le partagea en trois.
Ce soir-là, quand Pépin rentra par la fenêtre, il trouva Grand-Père penché sur la boîte des éclats. Un nouvel éclat brillait, d'une lumière douce et chaude, couleur noisette.
« Mirabelle a partagé ? demanda Grand-Père en sortant de sa barbe un bonnet de nuit.
— Elle avait peur de ne pas en avoir assez. Mais elle a donné quand même. »
Grand-Père hocha la tête, et ne dit rien de plus. Il n'y avait rien à ajouter.
Et toi, qu'est-ce que tu aimes partager ? Est-ce qu'il y a des choses difficiles à partager ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !